Osez la chasteté masculine contrôlée

Osez la chasteté masculine contrôlée et changez votre vie !

Osez la chasteté masculine contrôlée

Par Maïa Mazaurette : Au bord de l’extase ou contraint : comment jouer avec l’orgasme de ses partenaires ?

Aujourd’hui, j’ai voulu vous partager un article récent (Avril 2019) paru dans le journal français “Le Monde” par la formidable chroniqueuse Maïa Mazaurette. Je vous ai déjà souvent témoigné la curiosité que j’avais pour cette chroniqueuse qui aborde des sujets qui souvent bousculent les normes. Je vous laisse découvrir cet article (beaucoup de choses très intéressantes y sont écrites)

Article entièrement issu du journal français “Le Monde” :

https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2019/04/07/au-bord-de-l-extase-a-deux-doigts-de-la-contrainte-comment-jouer-avec-l-orgasme-de-ses-partenaires_5446815_4500055.html

Interruptions, ralentissements… Les jeux orgasmiques offrent un vaste champ érotique à explorer, remarque la chroniqueuse de « La Matinale », Maïa Mazaurette.

Tous les orgasmes se valent-ils ? Les bons jours, nous parlons de feu d’artifice, de fusion, d’expérience transcendante. Le lendemain… bon, on aurait mieux fait de jouer au Scrabble. De la jouissance décevante à l’explosion nucléaire, les orgasmes sont scientifiquement difficiles à quantifier – laissant place à tous les fantasmes (« les femmes jouissent plus que les hommes ») et tous les plans marketing (comme les applis et les bracelets connectés censés contrôler l’intensité des sensations).

Dans ces conditions, « avoir envie d’un orgasme » tient du flou artistique total. Et tant mieux pour notre créativité : au répertoire sexuel répond un répertoire orgasmique.

Commençons donc par l’edging : edge, en anglais, c’est le bord. L’edging est une somme d’intentions et de pratiques sexuelles permettant de se tenir juste au bord de l’extase (en français, on parle de « contrôle de l’orgasme », ce qui nous rappelle que la langue des libertins est aussi celle de la bureaucratie). L’idée est simple : si vous prenez le temps d’accumuler de la tension sexuelle, votre orgasme sera plus intense. Pour vous donner un ordre d’idée du champ des possibles, le champion du monde de masturbation peut se tenir au bord de l’orgasme pendant dix heures (9 heures et 58 minutes précisément, selon le San Francisco Weekly).

Concrètement, comment on fait ? Inutile de réinventer l’eau froide (quoique… versée sur la zone stratégique, l’eau froide puisse marcher) : il suffit d’interrompre pendant quelques secondes les mouvements, ou de les ralentir à l’extrême. Cela fonctionne pendant la masturbation ou les rapports interpersonnels, sur les femmes comme sur les hommes, et même quand ces derniers sont éjaculateurs rapides.

Interruptions ou ralentissements

Ces interruptions ou ralentissements peuvent prendre la forme de caresses, d’échanges verbaux ou d’une pause kebab. Le tout est d’apprendre à reconnaître quelles sensations physiques (ou quelles pensées déclencheuses) marquent le passage de la phase pré-orgasmique à la phase orgasmique.

Pour faire retomber la tension jusqu’à un niveau tout juste supportable, les hommes peuvent utiliser la technique du squeeze (des points de pression permettant de calmer l’éjaculation qui monte), des produits retardants, des anneaux péniens,des préservatifs trop petits ou des pensées perturbatrices.

Cependant, une excellente manière de combiner edging et expansion de son répertoire sexuel consiste à délaisser les zones explosives pour se concentrer sur des zones toujours érogènes, mais un peu moins sensibles. Vous pouvez par exemple passer d’une stimulation du pénis à une stimulation du scrotum : de quoi maintenir l’érection sans emballer la machine (attention avec la prostate, qui a tendance au contraire à précipiter les orgasmes). Même chose pour les femmes, en passant du clitoris au vagin, ou aux seins, ou aux fesses, ou aux rotules (sait-on jamais) – sachant qu’avoir un premier orgasme n’empêche pas forcément les femmes d’enchaîner sur d’autres, ou d’autres formes de plaisir (selon une étude publiée dans le Journal of Sex Research en 2014, les hommes voient leur désir et leur excitation chuter après l’orgasme bien plus rapidement que les femmes).

Bien entendu, tout cela nécessite une excellente communication de couple, qui commence par une excellente communication avec soi-même. Plus vous vous êtes entraîné(e) à l’edging pendant vos masturbations (privées ou publiques – voir notre chronique sur ce sujet), mieux vous saurez indiquer à l’autre quels sont vos points de débordement.

Tension maximale et précision

Pour acquérir cette connaissance, c’est tout simple : remplacez la masturbation expéditive par des masturbations aussi lentes que possible. L’expérience est d’autant plus intéressante que vous devrez probablement vous extraire de vos routines mentales ou de vos modes d’excitation habituels, comme la pornographie : vous pouvez par exemple utiliser la rêverie érotique (dont nous parlions il y a deux semaines) ou des stimulations moins explicites (comme les vidéos ASMR de relaxation par le son, l’audio-pornographie ou la lecture).

Les gestes eux-mêmes ne seront pas tout à fait les mêmes : plutôt que de chercher l’efficacité et le soulagement, vous opterez pour la tension maximale et la précision. Avec un peu de chance, vous devriez pouvoir atteindre des moments de suspension mentale proches du flow des adeptes de méditation. A ce titre, n’oubliez pas de vous munir de lubrifiant : plus longues, les caresses produisent plus de friction, et vous aurez besoin d’un confort maximal.

Une fois devenu(e) expert(e) en signes pré-orgasmiques, vous pourrez soit transmettre cette expertise à votre partenaire (mais ça n’est pas toujours évident, parce que les signes ne sont pas toujours physiques), soit utiliser des gestes, des expressions faciales ou des mots spécifiques. En attendant l’invention de la télépathie, le plus simple reste encore de verbaliser : « attends, stop, ralentis ».

Bien sûr, il est probable que cet apprentissage passe par des orgasmes que vous vouliez retenir mais qui viendront quand même – ou par des orgasmes qui retomberont comme des soufflés au fromage parce que vous avez raté le moment fatidique (que ceux qui n’ont jamais raté un soufflé au fromage osent vous jeter la première pierre). C’est tout à fait normal, et les fiascos sexuels font généralement de bons souvenirs.

L’orgasme forcé et l’orgasme interdit

Cependant, les jeux orgasmiques ne se limitent pas aux vertiges du « bord du gouffre ». Au rayon jeux de rôles/domination, nous avons aussi l’orgasme forcé et l’orgasme interdit.

Dans le premier cas, vous obligez votre partenaire à jouir alors qu’il/elle prétend se retenir (tout cela est évidemment un jeu : le scénario repose sur la coopération). On recherche alors la vulnérabilité maximale : ne pas pouvoir se retenir, être complètement à la merci du partenaire. Cette pratique est intéressante parce que l’orgasme échappe à la responsabilité de celui ou celle qui le subit, ce qui permet de surmonter des peurs, des culpabilités ou des conflits de valeur (« j’ai joui analement, mais c’est parce qu’on m’a obligé »). Vous pourrez vous familiariser avec une version relativement pudique de cette pratique dans la série Hysterical Literature, où des femmes essaient de se concentrer sur la lecture d’un livre en étant stimulées par un vibromasseur (spoiler : la concentration a des ratés).

Dans le second cas, vous privez ou prétendez priver votre partenaire de l’orgasme. Ce scénario s’accompagne généralement de fantasmes d’asservissement et d’imploration (« supplie-moi, sinon je te laisse en plan »). Dans un cadre BDSM, on peut utiliser des ceintures de chasteté ou des contraintes physiques (difficile de se soulager quand on a les mains attachées). Une autre possibilité consiste à « obliger » un partenaire homme à prodiguer une pénétration active, mais sans son pénis, en utilisant des godemichets ou ses mains (« tu peux me pénétrer, mais je t’interdis d’y prendre un plaisir physique »).

Dans des cadres plus conventionnels, même si on peut parfaitement concevoir de jouer sur la frustration jusqu’au bout (« bon, je constate que tu vas éjaculer, va faire la vaisselle »), l’orgasme finit par être concédé.

Une chose est sûre : maintenus au bord du plaisir, forcés, restreints, multiples, synchronisés, obtenus à distance, par telle ou telle partie du corps, par un sextoy, par notre imagination, par une selle de vélo, un carré de chocolat noir, ou même pendant son sommeil, nos orgasmes offrent un champ érotique qui dépasse de loin le soulagement auquel on les cantonne généralement. La petite mort est plus vivante que jamais.

Maïa Mazaurette

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2 Replies to “Par Maïa Mazaurette : Au bord de l’extase ou contraint : comment jouer avec l’orgasme de ses partenaires ?”

  • J’aime beaucoup tous les articles de Maïa Mazaurette moi aussi , je suis abonnée au Monde et elle dit très souvent des choses très justes sur la sexualité. Par contre, elle attire aussi son lot de critiques, comme souvent en patriarcat.
    Merci pour votre très beau site web, on apprend pas mal de choses

  • Le contrôle de l’orgasme masculin, dans la continuité même de CMC ou plutôt dans sa suite logique. L’orgasme physique (l’éjaculation) n’a pas grand intérêt dans ce genre de jeux.
    Ce n’est en aucun cas comparable à l’orgasme physique masculin.
    Dans un registre analogue, le Tantra s’en approche lui aussi.

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